CHAPITRE II

Je possède des maisons un peu partout dans le monde, certaines n’étant guère que de modestes pied-à-terre où je me détends quand je débarque dans un pays étranger en quête de sang frais, et les autres, des endroits si extravagants qu’ils donnent à penser que je suis une authentique princesse tout droit venue des émirats arabes. Celle que je possède à Beverly Hills, et qui est notre destination depuis que nous avons quitté Las Vegas, est l’une des plus luxueuses. Tandis que nous en franchissons le seuil, Seymour écarquille les yeux, émerveillé.

— Si nous nous installons ici, annonce-t-il, il va falloir que je change mon style de fringues.

— Change de style si ça te chante, mais nous n’allons pas rester dans cette maison. Le père de Ray connaissait cette adresse, et les services de renseignements du gouvernement sont probablement au courant, eux aussi. Si nous sommes venus ici, c’est seulement pour prendre de l’argent, quelques cartes de crédit, des vêtements propres, et de nouveaux documents d’identification.

Seymour ne paraît pas convaincu.

— Le gouvernement savait que tu te trouvais dans la base militaire, et les autorités sont probablement persuadées que tu n’as pas survécu à l’explosion.

— Encore leur faudra-t-il s’assurer que je suis bien morte. Et comme mon sang est pour eux une véritable obsession, ils vont explorer toutes les pistes susceptibles de remonter jusqu’à moi.

M’approchant de la fenêtre, je jette un coup d’œil à l’extérieur. Dehors, l’obscurité est impénétrable.

— Ils sont peut-être en train de nous surveiller en ce moment même.

Seymour hausse les épaules.

— Tu vas me dégoter une nouvelle carte d’identité ?

Je me tourne vers lui.

— Tu devrais rentrer chez toi.

Résolument, il secoue la tête.

— Laisse tomber, pas question pour moi de t’abandonner. Réfléchis un peu, tu ne sais même pas comment se comportent les humains.

Passant à côté de lui, je lui lance :

— On en reparlera plus tard. Inutile de nous éterniser ici plus longtemps.

Dans le sous-sol de ma résidence de Beverly Hills, je récupère le matériel dont j’avais dressé la liste à Seymour, auquel je rajoute un Smith & Wesson 9 mm muni d’un silencieux, et une provision de munitions. Bien que mes réflexes et ma vue ne soient plus ce qu’ils étaient, je persiste à penser que je reste une excellente tireuse. Je place le tout dans une grande valise en cuir noir, et tandis que je l’emporte au rez-de-chaussée, je me surprends à la trouver bien lourde. Ma faiblesse physique est déconcertante.

Quant à l’arme, je fais en sorte que Seymour ne la voie pas.

Quittant Beverly Hills, nous prenons la direction de Santa Monica. J’ai laissé le volant à Seymour ; il faut avouer que la vitesse des véhicules autour de nous me perturbe carrément, comme si j’étais une jeune femme du troisième millénaire avant la naissance du Christ, arrachée à la tranquillité de son monde pour plonger dans le XXe siècle et son ébouriffante rapidité. Il va me falloir un peu de temps pour m’y habituer. Ma toute nouvelle humanité me rend toujours aussi euphorique, mais je me sens quand même un peu angoissée.

Qui a bien pu frapper à la porte ?

Aucune idée. Mon esprit se refuse à émettre la moindre hypothèse. Pourtant, cette voix ne m’était pas complètement inconnue.

Face à la plage, un hôtel Sheraton, où je prends une chambre. Dorénavant, je m’appelle Candice Hall. Seymour, lui, n’est qu’un ami m’aidant à transporter mes bagages, et je n’inscris pas son nom dans le registre de l’hôtel. Ce nom de Candice Hall, je ne vais pas le garder longtemps : je dispose d’identités de rechange, auxquelles j’assortirais la coupe et la couleur de mes cheveux, sans oublier d’autres menus accessoires. Et lorsque je referme la porte de la chambre, je me sens tout à fait en sécurité. Depuis que nous avons quitté Las Vegas, mes yeux n’ayant pas quitté le rétroviseur, je ne pense pas que nous ayons été suivis. Tandis que Seymour pose mes bagages près d’un fauteuil, je m’écroule sur le lit en soupirant.

— Ça fait longtemps que je ne me suis pas sentie aussi épuisée… dis-je à Seymour.

Il s’assied sur le lit, à côté de moi.

— Nous autres, humains, nous sommes toujours fatigués.

Je suis ravie d’être humaine, et je me fiche de tout ce que tu pourras bien me raconter.

Dans la chambre obscure, il me regarde.

— Sita ?

Fermant les yeux, je bâille.

— Oui ?

— Excuse-moi d’avoir dit ça. Si tu es contente, alors, moi aussi.

— Merci.

— Tu sais, ça m’inquiète, l’irréversibilité du processus.

Me redressant, je pose la main sur sa cuisse.

— Si ce n’était pas le cas, ma décision aurait été absurde.

La subtilité de mon propos ne lui échappe pas.

— Tu l’as fait à cause de ce que Krishna t’a dit concernant les vampires ? me demande-t-il.

J’acquiesce d’un hochement de tête.

— En partie, oui, je le crois. À mon avis, Krishna n’approuve pas l’existence des vampires, et s’il m’a laissé la vie sauve, je crois que c’est grâce à la profonde compassion qu’il éprouve pour tous les êtres vivants, sans exception.

— Peut-être y avait-il une autre raison.

— Peut-être.

Je caresse la joue de Seymour.

— Je t’ai déjà dit que je t’aime vraiment beaucoup ?

Il sourit.

— Non, tu étais bien trop occupée à me menacer de mort.

Soudain, une douleur me transperce la poitrine, à l’endroit où, peu de temps auparavant, un pieu s’est planté dans mon cœur. Pendant un instant, une atroce sensation de brûlure irradie ma cage thoracique, comme si j’étais en train de me vider de mon sang. Mais le spasme ne dure pas, et, prenant une profonde inspiration, je dis d’une voix triste :

— J’ai toujours tué ceux que j’aime.

Seymour prend ma main dans la sienne.

— C’est du passé. Maintenant que tu n’es plus un monstre, tout peut être différent.

Bien que j’aie encore du mal à respirer, je suis forcée d’éclater de rire.

— Tu as l’habitude de dire ça à toutes les filles que tu as envie d’attirer dans ton lit ?

Il se rapproche de moi.

— Tu es déjà couchée sur le lit…

Roulant sur moi-même, je lui lance :

— Il faut que je prenne une douche, et nous avons tous les deux besoin de prendre du repos.

Visiblement déçu, Seymour s’écarte.

— Finalement, tu n’as pas tellement changé.

Je me lève et, gentiment, pour essayer de lui remonter le moral, j’ébouriffe sa tignasse.

— Pourtant, je dois changer. Me voilà redevenue une jeune femme de dix-neuf ans, et tu sembles oublier à quel point les filles de cet âge peuvent être monstrueuses.

Soudain, Seymour semble ému.

— En fait, je n’ai jamais vraiment su à quel âge Yaksha t’avait transformée en vampire.

Sans lui répondre, je pense alors à Rama, mon mari depuis si longtemps défunt, et à Lalita, ma fille, incinérée il y a cinquante siècles, dans un lieu qu’il ne m’a jamais été donné de connaître.

— Oui, dis-je dans un souffle, j’avais presque vingt ans quand Yaksha est venu me prendre.

Et parce que je suis restée comme en suspens entre deux époques pendant une drôle d’éternité, je répète doucement :

— Presque vingt ans.

 

* * *

 

Une heure plus tard, Seymour dort à poings fermés à côté de moi dans le grand lit. Mais malgré l’épuisement physique que je ressens, mon esprit s’obstine à rester éveillé. Impossible de me débarrasser du souvenir des visages de Joël et d’Arturo au moment où, deux nuits plus tôt, j’ai soudain commencé à me dématérialiser, à me dissoudre, les quittant juste avant que la bombe n’explose. Sur le coup, j’ai su que j’étais morte. J’en ai eu la certitude. Pourtant, un dernier miracle s’est accompli, et j’ai survécu. Peut-être y avait-il une raison à cela.

M’extirpant du lit, je décide de m’habiller, et avant de sortir de la chambre d’hôtel, je charge mon arme et la coince entre ma ceinture et mon dos, dissimulée par mon sweat-shirt.

L’hôtel se dresse sur Océan Avenue. Je la traverse, ainsi que la voie express qui suit la côte et me sépare de l’océan. Et me voilà bientôt en train de marcher le long de la plage de Santa Monica, obscure et brumeuse, qui est loin d’être un endroit sûr, particulièrement à cette heure tardive. Le soleil n’est pas encore levé, mais je marche d’un pas vif, cap au sud, sans prêter beaucoup d’attention à ce qui m’entoure. Actionner les muscles de mes jambes pour avancer sur le sable, quel effort ! J’ai l’impression de marcher avec des poids attachés à mes chevilles. Le front ruisselant de sueur, j’ai le souffle court, je respire bruyamment, mais je me sens bien, et enfin, au bout d’une demi-heure de calvaire, je finis par me détendre mentalement. Décidant de rentrer à l’hôtel pour tenter de dormir, je m’aperçois alors que deux hommes me suivent.

Ils ne sont guère qu’à une quarantaine de mètres derrière moi. L’obscurité m’empêche de distinguer précisément les traits de leur visage, mais tous deux sont de race blanche, plutôt costauds, et n’ont pas plus de trente ans. On dirait deux bons copains, l’un brun et moche, l’autre d’un blond très clair. J’ai la très nette impression que ces deux types ont bu pas mal de bière – sans parler d’alcools plus forts – et qu’ils sont chauds, très chauds. Anticipant la rencontre, je souris intérieurement, et je vais même jusqu’à imaginer le goût de leur sang sur mes lèvres. Puis je me souviens brusquement que je ne suis plus ce que j’étais, et une vague de peur me submerge. Mais sans bouger d’un pouce, j’attends qu’ils se rapprochent.

— Salut, poupée, lance le brun, avec un fort accent du sud des États-Unis.

— On peut savoir ce que tu fais sur la plage en pleine nuit ?

Je hausse les épaules.

— Une petite promenade, c’est tout. Et vous ?

Le blond se met à ricaner.

— T’as quel âge, poupée ?

— Pourquoi ?

Le brun vient se placer sur ma gauche et, tout en parlant, il serre les poings.

— On voulait seulement savoir si t’es majeure.

— J’ai l’âge de voter, lui dis-je. Mais je n’ai pas encore celui de boire de l’alcool. Et vous, vous avez bu ?

Les deux gars rigolent. Le blond fait un pas de plus dans ma direction. Il empeste la bière et le whisky.

— Disons que ce soir, on a sifflé quelques cannettes, mais faudrait surtout pas que ça t’inquiète. On est encore parfaitement capables d’aller au bout de tout ce qu’on entreprend.

Je fais un pas en arrière, tout en pensant qu’ainsi, je commets une erreur : je montre que j’ai peur.

— Écoutez, je ne veux pas d’ennuis, dis-je aux deux hommes. C’est précisément ce que je pense, bien que je sois tout de même certaine d’avoir l’avantage sur eux. Après tout, je suis restée un maître en arts martiaux, et une série de coups de pied bien appliqués, entre les jambes ou à la mâchoire, devrait avoir raison de l’agressivité de ces deux types. Le brun fait mine de reculer, tout en essuyant d’un revers de main la salive qui mousse à la commissure de sa bouche.

— On ne veut pas d’ennuis, nous non plus, dit-il. On a seulement envie de s’éclater un peu.

Plongeant mon regard dans le sien, je regrette tout à coup de ne plus être capable de lui griller les neurones. Seymour avait raison – voilà que je commence déjà à vouloir ce que je n’ai plus. Néanmoins, je fais de mon mieux pour parler d’une voix assurée.

— Parfois, il arrive qu’on paie très cher ce genre d’amusement, dis-je au type brun.

— Ça m’étonnerait, réplique le blond. T’es pas d’accord avec moi, John ?

— Moi, j’ai plutôt l’impression qu’on a affaire à un bon coup ! répond John.

Ils viennent de s’appeler mutuellement par leur prénom. Très mauvais signe. Cela signifie qu’ils sont trop ivres pour s’en rendre compte, ou qu’ils ont la ferme intention de m’assassiner. Et comme ils ont, de toute évidence, décidé de me violer, la dernière hypothèse est sans doute la bonne. Reculant à nouveau d’un pas, je songe un instant à me servir de mon arme, mais je n’ai pas vraiment envie de les tuer, d’autant que leur sang ne me servirait à rien. À tout prendre, j’aimerais mieux les assommer tous les deux.

En fait, cette solution n’arrive qu’en seconde position. Ma priorité, c’est survivre.

— Si vous posez la main sur moi, je hurle, les préviens-je.

— Mais personne ne va te faire quoi que ce soit ici, s’exclame John en me saisissant par le bras. Vas-y, Ed, chope-la !

Et les deux types, en même temps, se jettent sur moi, John sur ma gauche, Ed à un mètre devant moi. C’est John qui m’attrape le premier, et pour un mec bourré, il a encore d’excellents réflexes. Avant que j’aie le temps de me dégager, il me bloque entre ses bras. Une brève lutte nous oppose un instant, mais j’abandonne rapidement. Ed se rapprochant à moins d’un mètre de moi, je prends appui sur John, et je bondis, les deux pieds en avant. Avec le droit, je balance un grand coup entre les jambes d’Ed, qui hurle aussitôt de douleur, plié en deux.

— Elle m’a eu, cette garce ! gémit-il.

— Bordel de merde ! hurle John dans mon oreille. Tu vas payer pour ce que tu viens de faire !

En guise de réponse, je lui donne un violent coup de coude, qui l’atteint directement à la mâchoire. Titubant, il relâche son étreinte, et je me libère en un éclair. Ed, lui, est toujours plié en deux, et j’en profite pour lui éclater le nez. Le visage ruisselant de sang, il tombe à genoux.

— John, au secours ! réussit-il à grogner.

Tandis que John retrouve l’équilibre et me foudroie d’un regard assassin, j’ironise :

— Vas-y, John, vole au secours de ton copain. Et ne laisse pas filer l’occasion de prendre un peu de bon temps !…

Et John, tel un taureau furieux, me charge. D’un bond, je lui plante le talon de ma bottine gauche dans la mâchoire. Le problème, c’est que j’ai mal calculé mon coup, et que je n’ai plus mon sens de l’équilibre d’antan : je n’ai pas bondi suffisamment haut. Et au lieu de le frapper en plein visage, je l’atteins juste au-dessus du cœur, mais sans que l’impact ait la puissance prévue. John est un grand balèze, qui pèse bien ses cent kilos. Certes, il pousse un gémissement quand ma bottine le touche, mais son élan n’est pas stoppé pour autant, au contraire : la violence de sa charge est telle que ma jambe en est projetée sur le côté, et que j’en perds soudain l’équilibre.

Frénétiquement, je tente de ramener mon pied gauche de façon à atterrir sans m’écrouler sur le sol, mais c’est déjà trop tard. Avec un bruit sourd, je retombe sur le pied droit, et je m’effondre, le visage à moitié enfoui dans le sable. John se jette sur moi, et me bloque en me tordant les bras dans le dos. Il est costaud, l’enfoiré. Mes cervicales sont sur le point de se désolidariser. De sa main libre, il m’applique une grande claque sur la tête.

— Toi, t’es une sacrée garce, affirme-t-il tout en plaquant mon visage contre le sable.

Je me débats de toutes mes forces, me dévissant le cou afin de pouvoir respirer, et de tenter de prévoir la suite des événements.

— Ed, viens m’aider à calmer cette salope. Au début, elle avait l’air d’être sympa, mais j’ai bien peur qu’on soit obligés de l’enterrer dans le coin dès qu’on en aura fini avec elle.

— Ouais, laissons les crabes lui faire un sort, approuve Ed, qui titube vers son pote, son nez cassé pissant le sang. Plaqué contre moi, John cherche à tâtons à déboutonner mon pantalon. Ce qui me fournit un léger répit, parce que s’il avait simplement essayé de me l’ôter en tirant dessus, il aurait découvert mon arme. Sans compter qu’en passant le bras autour de ma taille, il est légèrement déséquilibré, comme je m’en rends compte aussitôt.

Prenant appui sur mon genou droit, poussant très fort du bout du pied gauche, je me rejette violemment en arrière. Ma réaction surprend John, et je réussis momentanément à me dégager. Je roule sur moi-même afin de m’éloigner de lui, mais cette liberté de mouvement risque de ne pas durer plus de quelques fractions de seconde si je n’entreprends pas quelque chose de plus énergique. Me plaçant sur le dos, et toujours allongée sur le sable, je constate que John et Ed sont tous les deux en train de me regarder d’un air parfaitement idiot. Ils donnent l’impression de mesurer trois mètres de haut, et ils sont aussi moches que les panneaux publicitaires débiles qu’on voit le long des autoroutes. D’un même élan, ils font mine de se jeter sur moi.

Je hurle :

— Attendez ! Tout en glissant lentement la main vers le bas de mon dos.

— Si je me tiens tranquille, et si je coopère, vous ne me ferez pas de mal ? Je vous en supplie…

Ils réfléchissent un instant.

— T’as intérêt à te tenir tranquille, greluche, dit enfin John. Mais après ce que tu as fait à mon ami, ne compte pas t’en tirer comme ça.

— Et si tu veux te tirer, ben, t’as qu’à ramper ! dit Ed en essuyant son visage ensanglanté d’un revers de manche, avant de fourrer son doigt dans l’une des narines de son nez brisé.

Les doigts sur le canon de mon arme, je leur annonce alors, d’une voix nettement plus assurée :

— Partir en rampant, certainement pas.

Et soudain, me soulevant imperceptiblement, je fais jaillir mon arme et la pointe droit sur les deux copains. Ces deux abrutis fixent le canon dirigé sur eux comme s’ils n’avaient encore jamais vu d’armes à feu, vraiment. Puis ils commencent à reculer. Les maintenant sous la menace de mon arme, je prends tout mon temps pour me relever et, gentiment, je leur dis :

— C’est bien, les garçons. Pas de gestes brusques, pas d’appels à l’aide.

Mal à l’aise, John se force à rire.

— Hé, tu nous as bien eus, ma grande. On est tombés dans le piège, bravo. Mais tu sais bien qu’on n’avait pas l’intention de te faire du mal. On a un peu trop bu, c’est tout, et on ne savait plus ce qu’on faisait.

— Ouais, il dit la vérité, on ne t’aurait jamais touchée, renchérit Ed, d’une voix trahissant une peur qu’il a tout à fait raison de ressentir.

Prenant tout mon temps, je m’approche d’Ed et je pose l’extrémité du canon entre ses sourcils. Les yeux écarquillés, il fait mine de vouloir s’enfuir mais, d’un léger mouvement de tête, je lui fais signe de ne pas bouger. John, sur ma gauche, est figé sur place par l’horreur et la stupéfaction.

— Vous êtes deux menteurs, dis-je froidement. Parce que vous n’aviez pas seulement l’intention de me violer, mais vous aviez aussi décidé de m’assassiner. Et maintenant, c’est moi qui vais vous tuer, vous l’avez amplement mérité. D’ailleurs, vous devriez m’être reconnaissants d’utiliser une arme : il y a seulement quelques nuits, je me serais servie de mes dents et de mes ongles, et votre agonie aurait été nettement plus longue.

Marquant une pause, je reprends :

— Vas-y, Ed, dis au revoir à John.

De terribles remords ravagent alors ce bon vieux Ed.

— Je vous en prie ! me supplie-t-il d’une voix chevrotante. J’ai une femme et un gosse qui m’attendent à la maison. Si je crève, qui s’occupera d’eux ?

— Et moi, j’ai deux enfants à charge ! renchérit John.

Ce dont je me contrefiche éperdument. Ma nouvelle condition d’être humaine ne m’a rendue ni crédule ni naïve.

Pourtant, en général, je ne tue pas lorsque j’ai l’avantage. Le plaisir de tuer n’a jamais été une motivation, mais je sais que ces deux-là feront du mal à d’autres que moi, dans un avenir plus ou moins lointain, et qu’il est donc préférable qu’ils meurent tout de suite.

— Il vaut mieux que vos enfants grandissent sans avoir pour père des ordures telles que vous.

Le visage d’Ed ruisselle de larmes.

— Non ! crie-t-il.

— Si, dis-je en lui tirant une balle dans le crâne.

Ed s’écroule.

Je pointe alors mon arme vers John, qui recule à pas lents en secouant la tête.

— Pitié, gémit-il. Je ne veux pas mourir…

— Dans ce cas, il aurait été préférable pour toi de ne jamais voir le jour, dis-je.

À deux reprises, je tire. John se prend une balle dans chaque œil.

Et je m’en tiens là. L’antique soif de sang ne me harcèle plus.

Quant aux deux cadavres, les crabes se chargeront de les faire disparaître.

 

Fantôme
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